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Titre

Les enjeux de la représentation des grands hommes dans l’Europe moderne: autour des Hommes illustres de Charles Perrault (1696-1700)

Dates

25-26 novembre 2021

Organisateur(s)/trice(s)

M. Antoine Gallay, UNIGE Mme Carla Julie, UNIL M. Matthieu Lett, UNIL

Intervenant-e-s

Dr Robert Wellington, Australian National University; Prof. Maxime Martignon, Université Paris-Est Marne-la-Vallée. Prof. Christian Michel, Malcom Baker (University of Edinburgh/ University of California, Riverside), Craig Ashley Hanson (Calvin University , Grand Rapids), Pascale Cugy, (Institut national d'histoire de l'art, Paris), Remi Jimenez (Université de Tours), Estelle Leutrat (Université Rennes 2).

Description

 

Dans l'avertissement du second volume de ses Hommes illustres qui ont paru en France pendant ce siècle, avec leurs portraits au naturel (1696-1700), Charles Perrault se trouva contraint de justifier l'un des choix que lui et son protecteur, Michel Bégon, avaient défendus. On lui reprochait en effet « d'avoir meslé des artisans avec des princes et des cardinaux », c'est-à-dire d'avoir accordé la même gloire à des hommes de conditions très diverses. Cette critique – et la réponse de l'auteur, qui convoque les exemples canoniques d'Apelle et de Phidias, dont les noms « mis après celuy d'Alexandre mesme, ne font point de honte ny à Alexandre ny à son siècle » – permet de situer l'ouvrage de Perrault à contrepied de la tradition encomiastique qui se développa au XVIe siècle, dans le sillage des Vies parallèles de Plutarque. Selon cette tradition, seule la célébration des princes et des grands serviteurs de l'État était justifiée, dans une perspective politique, laquelle conduisait à écarter les lettrés, les savants et les artistes. Les entreprises picturales – telles que la galerie des Illustres du château de Beauregard, décorée de 327 portraits à partir de 1620, ou celle du palais Cardinal à Paris commandée en 1632 par Richelieu – s'inscrivent ainsi encore dans cette tradition. Il en est de même des recueils gravés, tels la série des portraits de Thomas de Leu, ou encore des biographies de femmes illustres, comme Les Harangues héroïques de Madeleine de Scudéry (1642-1644) ou la Gallerie des femmes fortes du jésuite Pierre Le Moyne (1647), toutes deux exclusivement consacrées aux dirigeantes et aux grandes héroïnes de l'histoire ancienne.

Les lettrés et les artistes pouvaient bien sûr faire l'objet de vies autonomes ou incluses au sein de séries leur étant exclusivement consacrées. Ainsi, au XVIIe siècle, à la suite des Vite de Vasari, les artistes furent représentés dans diverses « galeries » réelles ou fictives, allant de la collection d'autoportraits d'artistes de Léopold de Médicis poursuivie par le grand-duc de Toscane Cosme III, aux recueils biographiques comme le Gulden Cabinet van de Vry Schilder-Const de Cornelis de Bie (1662). Cependant, si de telles entreprises témoignent bien de l'élévation du statut des peintres et des sculpteurs, elles demeurent en grande partie distinctes des pratiques de célébration des grands hommes d'État. Aussi une hiérarchie implicite subsiste-t-elle clairement, comme en témoignent encore les critiques formulées à l'encontre du projet de Perrault.

Or, au siècle suivant, un Voltaire pouvait au contraire affirmer que ceux qui "ont excellé dans l'utile ou dans l'agréable", c'est-à-dire précisément les savants et les artistes, constituaient les véritables exempla virtutis : ils étaient alors susceptibles de surpasser en mérite les héros militaires, pour compter parmi les premiers des grands hommes. Comment s'est opéré ce changement de paradigme, dont l'ouvrage de Perrault constituerait alors l'un des rouages les plus connus, entre 1580 et 1750 ? La France de Louis XIV apparaît a priori comme un catalyseur par le renouvellement des modes de célébration de la gloire royale et surtout par l'institutionnalisation des mondes des arts, des sciences et des lettres sous le ministère de Colbert, phénomènes qui donnèrent lieu à l'élaboration de nouveaux corps sociaux structurés, assortis de nouveaux types de discours visant à soutenir leur légitimité. Cependant, à l'instar des Vrais pourtraits et vies des hommes illustres d'André Thevet (1584) ou des Icones Principum Virorum de Van Dyck (1645), certaines entreprises antérieures à l'ouvrage de Perrault réunissaient déjà savants, artistes et hommes d'État sur un même plan. Ces quelques exemples doivent alors nous conduire à nuancer le rôle de pivot jusqu'alors attribué au règne de Louis XIV, pour tâcher de retracer plus finement l'évolution des conditions sociales et intellectuelles qui ont permis l'émergence de nouveaux types de discours sur les Illustres.

Jusqu'à présent, l'historiographie s'est essentiellement attachée à explorer les enjeux de la biographie dans le contexte humaniste du XVIe siècle, largement marqué par le modèle de Plutarque (Dubois, 2001 ; Eichel-Lojkine, 2001), ou à l'inverse, au développement du culte des grands hommes après 1750 (Bonnet, 1998 ; Gaehtgens et Wedekind, dir., 2009). Cette journée d'étude se propose donc de revenir sur l'ensemble des productions biographiques d'une période jusqu'alors peu étudiée sous cet angle, afin de mieux comprendre comment se transformèrent, entre 1580 et 1750, les modes de célébration de la gloire des illustres, tant par l'écrit que par l'image, en tenant compte de l'ensemble des médiums que constituent le livre, l'estampe, la peinture, la sculpture ou encore la médaille.

 

 

Lieu

Lausanne

Information
Places

17

Délai d'inscription 18.11.2021
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